Harmonia signifie harmonica en portugais. Mon père et mon grand-père en possèdent chacun un, mais je ne les ai jamais vus en jouer. L’objet semble conservé pour ce qu’il raconte plutôt que pour ce qu’il produit. Petit et accessible, il a accompagné de nombreux immigrés portugais venus en France : en jouer, c’était se rappeler le pays.

Aujourd’hui, plus personne ne joue. J’ai choisi de jouer — sans savoir en jouer — comme geste de réactivation. Mon protocole est d’inspirer et expirer uniquement à travers l’harmonica, jusqu’à ce que mon rythme cardiaque s’accélère et que mon corps vacille. Chaque souffle fait vibrer le lieu : l’ancienne usine devient caisse de résonance, le bâtiment tout entier s’active par le souffle et le rythme de l’instrument. Le geste est répétitif, et se déploie dans un espace qui n’est pas un lieu d’exposition, mais devient un instrument en soi.

Jouer devient alors une tentative d’appropriation : réactiver une histoire familiale et collective, rendre tangible un héritage et éprouver physiquement cette mémoire. Mon corps devient le site de cette expérience, et lorsque mon souffle s’emporte, la performance s’achève. La vidéo Harmonia en restitue la trace : elle traduit un geste qui se joue hors exposition. Elle montre le souffle, le corps et l’espace comme un tout.

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