J’ai décidé de tremper ma carte d’identité dans du bitume liquide. Le document officiel, imposé par l’État, devient immédiatement illisible : nom, date de naissance, photographie sont absorbés par cette matière noire, dense, industrielle. Deux forces se trouvent alors en tension : l’État, qui fige et normalise l’identité, et le travail, qui l’éprouve et la re-négocie.

Le bitume est un matériau du travail, de la construction et de la circulation. Il appartient aux paysages que j’ai parcourus et à ceux dans lesquels ma famille a exercé sa vie professionnelle.
Plonger la carte dans cette matière revient à confronter l’identité administrative à la matière même du travail : rugueuse et souvent invisible. Le bitume est froid, épais et collant ; son odeur est forte. Le geste se joue une seule fois : la carte est immergée et absorbée par le matériau.

Cette pièce devient un geste d’appropriation et de mémoire : le travail imprime, recouvre et modèle. Il marque les trajectoires et les récits, jusqu’à pénétrer ce qui est censé définir officiellement une personne. L’identité n’est plus un attribut figé, mais une matière vivante, sensible aux forces qui la traversent.
Le bitume, la carte et le geste forment un tout. L’œuvre laisse une trace tangible et continuent d’agir au-delà de l’objet lui- même.
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