(...) Au fil du tournage, notre relation s’est transformée.
Un jour, je me suis aperçu que Gabin se rasait sans mousse à raser, en faisant simplement glisser la lame sur sa peau. Ce geste quotidien, censé relever du soin, devenait une expérience douloureuse. Il révélait moins une négligence qu’un apprentissage absent : personne ne lui avait transmis ce geste.
Je lui ai alors proposé de me confier cette lame et de le raser moi-même.

La vidéo documente ce protocole. Elle repose sur une ambiguïté constante : le soin implique ici de faire passer une lame sur son visage. Chaque mouvement oscille entre la possibilité de la blessure et celle de l’attention. La confiance devient la condition même de l’image, et le rasage se transforme en un espace de négociation où chacun accepte de se rendre vulnérable.

Cette vidéo prolonge les questionnements qui traversent mon travail autour des relations qui se construisent au cours du processus artistique. Les formes discrètes du care, la transmission et la manière dont certaines masculinités rendent difficile l’apprentissage ou l’expression des gestes de tendresse.
Le rasage, souvent associé à une forme d’autonomie virile, est ici déplacé vers une relation de dépendance consentie. Ce geste intime évoque autant celui d’un proche que celui d’un soignant : il inverse les rôles habituellement assignés à la masculinité et fait du soin une expérience partagée.
À travers cette vidéo, je m’intéresse moins à l’acte de raser qu’à ce qu’il rend possible : un moment où la violence potentielle de la lame coexiste avec la délicatesse du geste, où le soin naît précisément de cette tension. Le corps devient alors le lieu où se rejouent les apprentissages manquants, les liens qui se construisent et les formes de confiance que l’image peut rendre visibles.
Lien sur demande.
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