Trois douilles d’armes à feu sont posées au sol. Je les ai récupérées au milieu d’un champ, près de la frontière belge.
Elles étaient encore chaudes et sentaient la poudre. Ils ont tiré en l’air pour se défouler, comme si ce geste était anodin.
Elles étaient encore chaudes et sentaient la poudre. Ils ont tiré en l’air pour se défouler, comme si ce geste était anodin.
Ces douilles sont ce qu’il reste — littéralement — de gestes violents. Elles sont trois : une séquence, pas un acte isolé. Elles portent la trace d’un rapport à la toute-puissance, à la domination. À la manière d’une photographie, elles fixent un instant vidé de son action.
Leur présence est minimale, presque discrète, mais elle charge l’espace par l’imaginaire qu’elle convoque. Posées au sol, elles peuvent passer inaperçues ; si le spectateur les remarque, il est invité à se pencher pour les observer, leur placement venant doucement teinter la lecture des œuvres voisines.
Ce geste est représentatif des logiques auxquelles sont soumis les individus évoluant en zones rurales, mes proches : en position sociale précaire et limités par leurs moyens, ils occupent le vide d’un espace qui ne leur laisse pas vraiment exister. Entre ennui constant et liberté totale, tirer en l’air devient une manière d’habiter ce vide, de s’emparer de l’espace par l’extrême excès.
Ces objets silencieux obligent à regarder ce qui demeure après le geste. Ils activent un récit, fait de projections et de suppositions. Ce qui se joue n’est pas la violence elle-même, mais la manière dont elle s’inscrit, se banalise, et continue d’agir en creux dans nos imaginaires collectifs.